-Épisode 2-

Capucine, 39 ans, atteinte d’un myélome, dialogue avec Soraya, psychologue clinicienne. Cet échange entre la praticienne et sa patiente est une invitation à regarder la maladie comme source d’un renouvellement du sens de la vie.

Capucine : Je suis lente. Avant la maladie, je ne le me permettais pas, tout s’enchaînait à vitesse grand V : le travail, les enfants, la vie de couple … et, tout à coup, je suis devenue « Patiente », avec toute ma «vie d’avant » comme suspendue et une nouvelle vie à construire. Et là, paradoxalement, j’ai eu un besoin énorme de prendre du temps, car la vie qu’on tient entre nos mains, elle est ici et maintenant. Je m’autorise désormais à m’extraire du quotidien pour regarder et profiter. Quand je me promène, je m’arrête et j’écoute les oiseaux. Je suis vivante, ici et maintenant, je côtoie cette beauté, elle est là, entièrement disponible, rien que pour moi ! Quand on est malade, le bonheur de vivre intensément les joies quotidiennes permet de contre-balancer le poids de notre épée de Damoclès, voire de l’oublier.

Soraya : Comme toi, de nombreux patients témoignent de leur vécu en disant se retrouver « arrêtés » : arrêtés parce que le traumatisme fait effraction dans leur vie, parce qu’il n’est plus possible de faire « comme avant ». Il va falloir s’adapter aux contraintes engendrées par la maladie et les traitements, mais aussi s’autoriser à créer une nouvelle vie, un nouvel espace en soi et autour de soi. Tu nous révèles que tu regardes, comme si tes yeux pouvaient s’ouvrir plus grands et que la réalité qui était déjà là, en amont, s’offrait à toi de manière amplifiée. Tu nous apprends que la maladie nous rend présents à la vie, d’une manière plus intense, parce nous avons alors la révélation de la mort, et donc la conscience de la brièveté de notre existence.

Capucine : La certitude de la mort en a fait émerger une multitude d’autres : la Vie, l’Amour, la Joie, comme une évidence. Celle de ne pas craindre la mort – ou plutôt de la craindre en la mettant à sa juste place – permet de vivre la vie là où elle est, ici et maintenant.

 Soraya : Tu reprends les mots de Krishna-murti : « Vivre c’est mourir et alors on vit ». C’est-à-dire, qu’à partir du moment où j’accepte que je suis mortel, il y a une part de l’existence qui s’offre à un haut de degré que l’on pourrait appeler « L’éternité de l’instant ». C’est sans doute l’un des cadeaux les plus précieux que nous apporte la maladie. Ton expérience nous révèle cette capacité à vivre le présent à un haut degré d’intensité. Tout comme les enfants. Ils sont complètement absorbés dans leur expérience. Quand nous nous disons : « Je suis heureux », nous sortons de l’expérience et nous retournons dans la réflexion. Le chemin dont tu parles, c’est comment passer de la réflexion (« ce que je pense de ma vie ») au vécu sensible (« vivre ma vie »). Quand je vis ma vie, quelque part Damoclès s’éloigne.

Par Capucine, Soraya et Morgane

AF3M Bulletin N°32        www.af3m.org