Nul autre que lui  

Qui n’a jamais été en réanimation ne peut se rendre compte du bruit, de la tension, de tout ce qui peut se passer dans ce lieu hors du monde et du temps ordinaire où même les fenêtres sont teintées. Ainsi en est-il de la salle de réanimation de l’hôpital St-Antoine à Paris. Et c’est dans ce décor assez surréaliste qu’après un certain temps de méditation, de relaxation, j’ai vu Philippe Gourdin, alité et sa femme assise sur une chaise à ses cotés se tenant la main, profondément endormis (sa femme nous avait accompagnés dans ce temps de recherche de calme à l’intérieur de soi). Leurs mains s’étaient réunies et ils dormaient tous les deux, au milieu du fracas, de la cohue, des allées et venues, des portes qui claquent, des sonnettes d’alarme, de tous les câbles branchés des appareils qui résonnaient dans le service de réanimation.   Et cette image de ce couple uni, au milieu de ce tohu-bohu, c’est vraiment un temps fort pour moi dans ma pratique de psychologue clinicienne, de voir à nouveau ce grand lien d’amour, en dépit de l’épreuve traversée. L’hôpital et l’expérience de la maladie peuvent entraîner bien des difficultés mais révèlent aussi ce qu’il y a de meilleur en l’Homme. J’ai donc vu ce jour là, les amoureux.   Puis j’ai rencontré le courage de Philippe Gourdin, sa persévérance, son obstination quand il écrivait son blog alors que ses yeux peinaient à rester ouverts, mais aussi la vaillance, la générosité, la douceur, toutes ces qualités qui au fil du temps et de l’épreuve sont mises en valeur dans cette sacrée expérience du cancer du sang. Certaines, comme la patience, ont mis plus de temps à venir… D’autres, encore, sont en train de naître et de grandir.   Dès nos premières rencontres, j’avais proposé à Philippe de centrer son écoute sur sa propre respiration, de prendre conscience de sa présence à l’intérieur de lui-même. Des mots, des concepts qui lui étaient peut-être étrangers… La force, la combativité sont des terrains connus pour Philippe. La sensibilité, l’ouverture à soi, le calme et le non-agir étaient alors plutôt hors du champ de sa conception. Et pourtant très rapidement, très facilement, il a pu se centrer, accéder à des états de calme intérieur. Et cela a été une grande leçon pour la thérapeute que je suis.   Quand certains me disent : « Ce n’est pas possible de faire telle ou telle chose dans le cadre de l’hôpital », je peux désormais – sans le nommer – leur parler de Philippe : même quelqu’un qui ne connaît pas, ne sait pas, n’a jamais entrepris ce type de démarche, peut y arriver. Quand tout est réuni à l’intérieur, tout peut se faire : quel que soit le lieu, en dépit du bruit et des multiples dérangements,  les rencontres peuvent avoir lieu et l’espace s’ouvrir pour accéder à une vie intérieure riche et pleine de nouveaux possibles   Je remercie donc Philippe de m’avoir demandé d’écrire cette introduction, je le remercie pour sa confiance. J’en suis honorée et, en même temps, je me rends compte que nul autre que lui ne peut raconter ce qu’il a vécu. Parce que son vécu est unique. Il est le sien

Soraya Melter